19/09/2006

Voyage maudit? Maudit voyage! - 28/01/2004 A 17h39

 
Salut à tous,
 
Me voilà enfin de retour à la "civilisation".
 
Dans mon dernier message, je vous laissais entendre qu'il ne me restait qu'un petit trajet d'une douzaine d'heures pour regagner mes pénates. Et bien voilà: c'est encore loupé!
 
L'horaire prévoyait un départ de Delhi à 4:45 du matin le 27. Jusque-là, pas de problème. Cela se complique cependant quand, en arrivant à minuit à l'aéroport, on constate que le départ est retardé jusqu'à... 12:30.
 
Premier bonheur: comme j'ai 1h15 de transit à Istanbul, il est évident que je loupe le seul départ quotidien pour Bruxelles.
 
Second bonheur: la nuit va être longue!
Turkish Airlines, dans sa grande bonté, annonce cependant que nous pouvons enregistrer nos bagages et qu'ensuite nous irons dans un hôtel. Je suis heureux de me débarrasser de mon sac à dos (qui fait maintenant 27,8 kg) et comme les autres, j'attends. Nous assistons au départ d'un contingent de casques bleus indiens qui part pour l'Ethiopie sous l'œil des caméras de TV qui se demandent ce que foutent tous ces gens installés en pleine nuit par terre au milieu de l'aéroport.
 
A 3heures du mat', nous embarquons enfin dans des bus... pour se retaper une heure de trajet vers le centre ville, dans un hôtel 5 étoiles. Première réaction de tous les routards présents? Aller voir le prix des chambres qui correspond pour moi à exactement 16 jours de vie en Inde: 200 USD. Je ne vais pas me plaindre, c'est vrai que c'est le grand luxe... même si ce n'est que pour 4 heures. Le lendemain, buffet petit déj' exceptionnel. On fait un peu tache (c'est le cas de le dire) avec nos bottines de trekking et nos vêtements franchement dégueux, mais on s'en fout. On forme un petit groupe sympa d'occidentaux et on sait qu'on a tous manqué notre connexion et qu'on va passer une nuit à Istanbul...
 
Retour à l'aéroport. Embarquement et vol sans histoire malgré une heure de plus de retard au décollage (on en est de toute façon plus à ça...).
On atterrit donc à Istanbul à 16h55. Comme mon vol était à 8h40, je sais que c'est foutu...
Direction donc le comptoir de Turkish Airlines où je retrouve une soixantaine de personnes et où le personnel n'a pas l'air trop préoccupé par notre arrivée. On finit par collecter tous nos passeports et nos tickets car il faut un visa pour entrer en Turquie... Et c'est là que ça commence!
 
Nous patientons tous au milieu du couloir des arrivées dans l'attente de nos passeports et de l'accès à l'hôtel promis. On nous signale qu'il faudra 1 heure aux flics et douaniers turcs pour que ça soit fait. On s'installe donc tant bien que mal. Nous ne recevons ni à boire ni à manger, malgré la présence de 7 enfants en bas âge. Au bout d'une heure, ne voyant rien venir, quelques indiens commencent à s'exciter au comptoir, mais je reste zen... plus pour très longtemps.
 
Au bout de 2 heures où l'on nous répète toutes les 10 minutes que "dans 20 minutes tout sera OK", le ton monte. Les pères de famille exigent de l'eau pour les gosses, nous voulons avoir à bouffer et on nous répète sans arrêt que nous ne pouvons pas bouger car nous n'avons pas nos passeports. De vrais otages quoi!
 
Après environ trois heures, nous commençons à tous être très nerveux et le personnel est incapable de nous donner des réponses satisfaisantes. Comme on nous répète que tout dépend des flics installés de l'autre côté de la frontière avec nos passeports, j'exige de pouvoir aller leur demander nos passeports en retour. Je force le passage de la frontière avec une vingtaine d'autres personnes et nous déboulons chez les flics où c'est un peu la panique. Contre la promesse de rentrer en zone neutre, ils nous annoncent qu'ils ont "presque fini". On rejoint donc les autres et on s'installe tous au bord de la zone d'immigration ce qui fait bien chier les Turcs, mais nous sommes déchaînés. Finalement au bout de 4 heures (je suis en route depuis 25 heures avec 3 heures de sommeil, comme les autres), un trou du cul de fonctionnaire arrive avec les passeports et nous l'accueillons avec de très lents applaudissements pleins de mépris. Il apprécient. Les flics m'appellent avec un Indien travaillant aux NU, un hongrois et un Autrichiens (les 4 meneurs) pour nous dire qu'ils vont procéder à l'appel et que nous pourrons passer la frontière un à un mais qu'ils garderont nos passeports, nos tickets et nos cartes d'embarquement jusqu'au lendemain matin.
 
On est vraiment au bord de l'émeute. Finalement, les Turcs ne lisant pas les noms indiens, nous faisons nous même l'appel sous l'œil scrupuleux du trou du cul de tout à l'heure.
 
Nous passons la frontière et un premier groupe suit une hôtesse. Le reste (soit 25 personnes) passe à son tour et nous nous retrouvons seuls sans savoir où nous devons aller. Y a plus d'hôtesse!!!!!
Comme on nous a dit qu'on allait prendre le bus, on sort du terminal.
Gravissime erreur... car il y a un meeting point à l'intérieur de l'aérogare
et pour y rentrer, il y a un contrôle douanier des passeports et des tickets. Vous voyez le problème?
Je suis déchaîné (et ceux qui me connaissent savent ce que ça peut donner).
On revient donc vers un contrôle où une flic vient vers nous. Je lui explique (pas très calmement) que nous n'avons plus ni papier ni passeport, que nous devons aller dans un hôtel dont nous n'avons pas d'adresse et que nous devons rentrer dans cette merde d'aérogare pour retrouver les autres.
Après concertation avec ses collègues, nous passons tout en ayant droit à une nouvelle fouille de bagages.
Au meeting point, c'est le bordel: l'hôtesse court dans tous les sens avec des listes de noms par destination; nous avons droit à un nouvel appel par petit groupe et chaque fois l'hôtesse accompagne le groupe à l'extérieur pour les amener à un minibus auquel elle donne ses instructions.
Je suis dans le dernier groupe et nous gagnons un hôtel... où nous retrouvons tous les autres.
A quoi a servi ce dernier appel? Mystère et boule de gomme.
 
Nous allons donc tous dîner après avoir reçu nos chambres: il est 22h45!
Nous avons du d'abord expliquer à une dizaines d'Indiens comment on rentrait dans une chambre avec une carte magnétique et comment ça fonctionnait dans ce genre d'hôtel...
Nous recevons un potage et puis, on nous sert le plat: une tranche de bœuf!!!! Et nous sommes avec 35 Hindous !!!!! C'est de nouveau le bordel:
Les Indiens qui m'ont vu à l'œuvre à l'aéroport m'interpellent. Je vais donc expliquer au maître d'hôtel que les hindous ne mangent pas de vache. Il à l'air de débarquer de Mars quand j'exige des plats végétariens pour tous ces gens. Finalement, le gérant de l'hôtel débarque, nouveaux palabres, il donne des coups de fil pendant que les autres occidentaux essayent de calmer les Indiens qui sont sur le point de lyncher le maître d'hôtel.
Finalement, ils nous promettent des plats veg et ils osent à peine déposer les assiettes de bœuf devant les Européens. Le gérant ne me quitte pas du coin de l'œil : il faut dire qu'il a pris l'engueulade que je n'ai pas osé donner aux flics turcs...
A minuit, nous regagnons enfin nos chambres (au grand soulagement du gérant) en sachant qu'à 4h45 nous serons réveillés pour regagner l'aéroport. Que du bonheur !
 
Ce matin, après le petit dej, nous nous installons dans les bus où le cirque recommence: la plupart des Indiens n'a pas pigé que le mini bar était payant. Les gars de l'hôtel montent donc dans les bus en donnant les n° des chambres qui doivent payer le mini bar. Je descends pour servir d'interprète pour un jeune moine tibétain qui quitte ses montagnes pour la première fois et qui a des difficultés à se faire comprendre. Je joue finalement à l'interprète pour une dizaine d'indiens aussi qui m'appellent maintenant tous par mon prénom et qui sont venus me serrer la main les uns après les autres pendant le petit dej. Mon côté révolutionnaire a repris le dessus... et je dois bien dire que j'aime ça.
 
Nous sommes finalement déposés à l'aéroport... où personne ne nous attend. On rentre donc tous ensemble dans l'aérogare après le Xième contrôle des bagages à main depuis 2 jours. Nous restons tous groupés et je repars avec l'Indien des NU à la recherche de nos passeports. On fait un scandale de tous les diables à l'embarquement et finalement un manager débarque. Il prend à son tour une engueulade monstre. Je crois qu'au milieu de mon énervement, il comprend car il part chercher lui-même nos passeports pendant que tous les autres débarquent. On est de nouveau proches de l'émeute: on a tous dormi 5 ou 6 heures depuis 2 jours et on a beaucoup de mal à contenir certains Indiens.
 
Nouvel appel, passeport par passeport pour voir si tout monde est là! Le vieux flic (ou douanier, je ne sais plus) qui voit mon énervement devant la lenteur du bazar me demande ce que je veux. Je lui crache à la gueule avec tout mon mépris: "We just want to leave your fucking country and never come back". Je ne sais pas si c'est la phrase qui l'a énervé ou les applaudissements des Indiens, mais je sens passer le boulet de l'arrestation administrative et je décide de me calmer.
 
Nous allons ensuite en rang jusqu'à la douane où ils procèdent à un nouvel appel pour nous faire passer en zone transit après avoir reçu nos passeports et nos tickets. Tous les Indiens viennent nous serrer la main et nous remercier et nous pouvons enfin gagner nos gates d'embarquement respectifs où j'apprends que l'avion pour Bruxelles à une heure de retard.
 
Au moment du décollage, toute la pression accumulée dans ce pays de merde où je n'irai jamais passer mes vacances s'évacue et j'éclate en sanglots à la grande surprise de mon voisin qui se demande ce qui m'arrive et avec qui je discuterai jusqu'à Bruxelles après avoir bu un bon whisky (à 9h30 du mat, ça réveille).
Je suis à peine rentré chez moi depuis 4 heures maintenant et j'ai déjà été voir quelques sites internet pour le sud de l’Inde qui me manque déjà!
 
Salut à tous,
 
 
 
Michel, révolutionnaire à ses heures
 
 
 
PS: si vous allez en Turquie, vous ne devez pas saluer les flics et les douaniers pour moi. Merci d'avance
 
 

18/09/2006

Le dernier - 26/01/2004 A 08h51

 
Il s'appelle Prveen et il est né en août 1965 à Delhi dans une famille originaire du Rajasthan.
Son père est décédé durant son enfance et il fut élevé par ses grands-parents et par ses oncles. Il ne va pas à l’école et ne sait ni lire, ni écrire.
 
A 18 ans, il tombe amoureux d'une jeune fille de 17 ans qui est surtout d'une caste inférieure à la sienne. Il désire l’épouser mais les deux familles s'y opposent farouchement.
Les deux tourtereaux décident finalement de se passer de l'accord de leurs familles et s'enfuient ensemble.
Ils sont pourchassés par les frères et les cousins de la jeune fille.
 
Apres une véritable chasse à l'homme, ils sont rattrapés à environ 200 kms de Delhi et Prveen est littéralement massacré par ses poursuivants. Deux énormes cicatrices lui barrent toujours le front. A moitié mort, il est alors livré à la police pour... kidnapping. Cela doit lui valoir une peine de 12 a 15 ans d'emprisonnement en Inde. Au bout de 6 mois, son frère réussit à verser un bakchich au directeur de la prison et à le faire libérer.
 
Courageusement, il retourne dans la famille de sa dulcinée pour essayer de les convaincre de les laisser se marier. La famille finit par l'autoriser à l’épouser à condition de verser une importante somme d'argent. Ils lui donnent 6 mois pour réunir cette somme.
 
Renié par sa famille, il quitte Delhi et travaille quasiment 24h/24 dans différents trafics plus ou moins légaux pour réunir la somme. Au bout de 6 mois, il revient pour apprendre qu'elle a été mariée de force 6 semaines après son départ à un homme plus âgé venu du sud du pays.
 
Pendant un an, il la cherche en vain et il décide alors d'attendre, en espérant qu'elle pourra s'enfuir pour le rejoindre. Deux ans passent, sans nouvelle.
 
Sa famille lui propose alors de se marier avec une femme qu'ils ont trouvée pour lui. Sans ressources et désespéré, il accepte. Il voit son épouse pour la première fois le jour du mariage... et il reste de longs mois sans aucun contact physique avec elle. Il finira par lui faire 5 enfants, mais il continue d'affirmer que sa femme, il ne l'a jamais aimée et qu'elle n'est rien pour lui.
 
Aujourd'hui, il travaille sans relâche, dans le but de gagner assez d'argent pour que ses enfants, une fois adultes, puissent se marier selon leurs choix, sans contrainte.
 
Lui, il n'est pas heureux et il sait qu'il ne le sera jamais. Seuls comptent pour lui les quatre lettres tatouées sur son avant-bras: ONJA, le nom de la femme qu'il n'a jamais cesse d'aimer.
 
Cette histoire est celle de celui qui fut mon chauffeur pendant 16 jours dans le Rajasthan. Il m'a raconté son histoire, un soir, sur le toit d'un hôtel à Jaisalmer alors que nous buvions quelques bières. Elle m'a ému et j'ai chaque jour une pensée pour lui qui se bat contre ces traditions qui nous paraissent tellement inimaginables à nous occidentaux. Et pourtant...
 
Là-dessus, je vous laisse et je vous donne rendez-vous a Bruxelles dès demain, en espérant que je ne gèle pas sur place. 10 heures d'avion avec l'airco, sans trous dans les routes, avec un siège confortable et même des repas servis? C'est vraiment hyper relax, non? En plus, mes douleurs dorsales deviennent vraiment supportables.
 
Toutes mes photos sont développées et je ne suis pas peu fier de celles de mon fameux bus de Khajuraho. Elles sont, disons,... éloquentes.
 
Bonne semaine a toutes et tous et merci de m'avoir suivi tout au long de ces deux mois de voyage. L'e-mail m'a souvent permis de briser une certaine solitude et même les nouvelles, quasi quotidiennes de Philippe, Mathilde et consorts par Monsieur Brabant m'ont vraiment aidé durant ce voyage.
 
A+
 
 
Michel
 
 

15/09/2006

ça sent la fin… - 23/01/2004 A 15h02

 
Salut à tous,
 
Me voilà enfin à Delhi depuis hier.
 
Avant de parler de Delhi, je voudrais revenir sur Varanasi, une étape qui m'a solidement marqué et qui, je crois, ne peut laisser personne indifférent.
La ferveur quasi irréelle qui règne dans cette ville au bord du Gange en fait quelque chose d'absolument extraordinaire, dans le premier sens du terme.
 
Imaginez des ghats (ce sont les escaliers qui descendent dans le fleuve) qui se remplissent dès l'aube de milliers de personnes qui viennent faire leurs ablutions dans le Gange, avant de s'y laver et de faire leur petite lessive... par un froid de canard et sous le brouillard.
C'est vraiment impressionnant à voir et à vivre.
 
Imaginez ensuite une cérémonie, appelée Puja et dirigée par 5 moines, qui tous les soirs par une gestuelle immuable rend hommage au Gange à travers une sorte de danse du feu, rythmée par le son de cloches et par le jet d'encens devant des centaines d'hindous frénétiques et de quelques touristes étonnés. Cela se termine par des chants religieux à donner des frissons avec tous les hindous chantant en battant des mains ( ca doit te rappeler le concert de Dave à Mouscron, non Fred?). Cela était vraiment fou.
 
Mais ce n'est rien à coté des crémations. Pour tous les hindous, mourir à Varanasi signifie mettre un terme au cycle des réincarnations et d'atteindre directement le Nirvana. Autant dire qu'il y a des tas de vieux (et surtout de vieilles) qui attendent la mort paisiblement emmenés dans cette ville par leurs proches.
 
J'imagine les dialogues à table:
" Ma chérie, je trouve ta mère bien fatiguée ces derniers temps. Ne penses tu pas qu'il serait temps qu'on la dépose à Varanasi?"
 
Il existe donc un ghat principal consacré aux crémations à Varanasi. Il fonctionne 24h/24 mais c'est à la tombée de la nuit que c'est le plus impressionnant. Je m'y suis donc rendu à ce moment-là, en compagnie d'une Française très sympa rencontrée à l'hotel... et je n'oublierai jamais ce que j'ai vu. Au départ, il y a une curiosité morbide et l’idée de se dire "comment vais-je le supporter?" et puis vient une sorte de fascination pour le rapport que les Hindous entretiennent avec la mort qui est inimaginable pour nous.
 
Essayez d'imaginer 5 niveaux qui partent du Gange vers le haut. A chaque niveau, plusieurs grands feux (styles feux de camps) brûlent avec au centre de chaque feu, un corps recouvert d'un drap (au début, car le drap brûle le plus vite) ayant les pieds vers le Gange et la tête vers la ville. Le corps brûle en premier et ensuite les préposés poussent la tête et les pieds vers le centre du bûcher. J'ai ainsi vu un gars retourner deux pieds bien visibles et les tibias vers le milieu du feu, quasiment à la verticale.
 
Pendant ce temps là, les gens autour des feux attendent ( un corps brûle en 3 heures) dans une ambiance très très très étrange.
 
Apres cette première visite, je suis retourné 3 fois aux crémations car j'etais subjugué par ce qui s'y passait.
 
En plus de tout, je continue de souffrir atrocement au niveau de la cage thoracque et je n'arrive quasiment plus ni à dormir ni à m'alimenter.
 
Apres Varanasi, en route pour Delhi: 13 heures de train couchette qui se transforment en 17 heures (mais vous êtes habitués maintenant). Je prends un velo-rickshaw qui se retourne tous les 50m pour me dire qu'il a un "hélicoptère Rickshaw" pour traverser la ville et que personne ne va plus vite que lui. En attendant, il ne manque pas un nid-de-poule et j'ai chaque fois l'impression de prendre un coup de poignard dans la poitrine.
 
Sur le quai de Varanasi, je rencontre un jeune français qui me voyant souffrir le martyr me propose un médicament "radical, me dit-il". Il m'en donne une boite et dès que je suis dans le train j'en prends car je crève vraiment de mal. C'est effectivement un truc terrible car le mal s'estompe assez rapidement et pour la première fois depuis 5 jours, je n'ai plus trop mal. Je ne sais pas ce que c'est comme truc, mais ca m'aide à tenir jusqu’à Delhi.
 
Arrivé à Delhi et vu la douleur, je décide de prendre un meilleur hôtel mais quand j'apprends le prix (800 Roupies, soit 20 EUROS la nuit), je me dis que je préfère mes hôtels pas chers et j'en trouve un correct avec TV et eau chaude pour 300 Roupies.
 
J'ai tellement mal en arrivant que je demande un hosto pas trop loin et un gars de l’hôtel m’emmène dans un hôpital (américain, selon lui). A mon avis, c'est juste parce qu'ils ont un jour soigné un américain, mais moi je veux juste voir un toubib. Je rentre donc dans l'hosto, plutôt propre pour l'Inde où je montre à une brave dame que je souffre du dos et de la poitrine. A travers des couloirs, elle m’emmène dans une salle ou je retrouve une canadienne qui attend son copain. Ils ont eu un accident avec leur rickshaw qui, bourré, est rentré dans un bus à l’arrêt. Elle va bien mais son mec à la main (ou le poignet) cassé et souffre aussi du dos. Ils sont là depuis 24 heures.
Welcome in India.
 
Finalement un mec vient me chercher et je lui explique tant bien que mal ce que j'ai. Il palpe un peu et m’emmène pour des radios. L'appareil mériterait d’être dans un musée. Il est déplacé par deux gars à la main. Je dois me déshabiller... laissant apparaître toutes mes pochettes avec mes papiers, mes cartes de crédits, mon fric. Ca fait rire les Indiens. Finalement ils prennent deux radios que le toubib examine soigneusement avant de me dire que j'ai une côte cassée et "maybe two". Il me dit que c'est pas grave et se barre. Tout me semble tellement surréaliste que je n'arrive pas à croire ce mec qui ressemble autant à un médecin que moi a une danseuse d’opéra. Ensuite un gars me raccompagne vers l’entrée et me fait sortir de cet hosto.
 
J'ai beau insister pour payer, il me fout carrément dehors (il est plus de 21h00) et je rentre à l’hôtel. La douleur est moins forte et va s’atténuer pendant la nuit si bien que je dors 15 heures avec une interruption d'une heure pour regarder le tennis à l'Australian Open en direct. Au réveil je me sens mieux et je vais changer mon billet de retour chez les Turcs.
 
Là, 2e surprise: la préposée râle parce que la brave fille que j'avais eu au téléphone a tout encodé "without any charge" alors qu'on m'avait dit que ça me coûterait entre 40 et 70 USD. C'est vrai qu'au téléphone, j'avais eu l'impression d’être en communication avec un poste de police belge tellement elle me semblait abrutie, mais maintenant, je l'embrasserais volontiers sur les deux joues.
 
Aujourd'hui, pour la première fois, j'ai donc fait une journée de glande, en me baladant juste dans les alentours de mon hôtel, en rentrant me reposer... juste a temps pour voir le 2e set de Justine et en prenant mon temps.
 
Mon dos commence à aller un peu mieux, que ce soit une fracture ou, comme je le pense un problème musculaire et je retrouve le moral. Je peux vous dire que l'Inde quand on va bien, c'est dur, mais que quand on souffre c'est vraiment l'enfer.
 
Heureusement à Varanasi, j'ai pu compter sur la solidarité des routards. Moi qui me balade avec une valise de médicaments pour les troubles digestifs, je n'avais aucun anti-inflammatoire. Des tas de gens en ont cherché pour moi et je me retrouve maintenant bien pourvu. Heureusement aussi que je suis tombé
sur des Français sympa qui m'ont aidé a tenir le coup car plusieurs fois, j'ai vraiment eu très très peur la bas, tellement les douleurs étaient insupportables.
 
Merci aussi à la mamie de 65 ans qui voyage seule en Inde sans piger un seul mot d'anglais et qui veut visiter le pays ou sa fille s'est installée. Cette mamie a remué ciel et terre (après m'avoir dit et répété " vous, ça va pas, vous avez vraiment une sale tronche, on voit que ça va pas du tout") et qui a passé 1/2 journée à faire le tour des hôtels pour trouver des français ayant des médicaments pouvant me soulager... et qui en a trouvé. Sans tous ces Français, je ne sais pas ou je serais maintenant. Là-dessus je vous laisse.
 
Demain si je vais vraiment mieux, je pars à l'assaut de Delhi et je vais visiter cette ville que je déteste: rien à voir avec Mumbay!
 
Bon week-end à tous et à bientôt,
 
 
Michel
 

14/09/2006

Galère - 20/01/2004 A 06h20

 

Salut à tous,
 
Comme prévu, à l'aube, j'ai quitté Khajurao vers Varanasi pour un trajet en bus de 14 heures. Le début fut particuliètrement prometteur avec des paysages superbes et des tas d'oiseaux fabuleux. 
 
Malheureusement, en fin d’après-midi j'ai commencé à souffrir du dos et j'ai été obligé de descendre du bus à Allahmabad car la douleur était devenue insupportable. J'ai passé une nuit d'enfer dans un hôtel de merde et le lendemain matin j'ai pris le train pour Varanasi pour un trajet qui devait durer 4 heures et qui en a duré plus de 7 finalement.
 
A Varanasi, je suis dans un hôtel qui surplombe le Gange avec une vue superbe sur les Ghats (escaliers descendant dans le Gange). J'ai assisté aux bains rituels matinaux dans le Gange et à la ceremonie du Puja qui est un remerciement au Gange, tous les soirs. La ferveur et la croyance religieuse sont ici inimaginables. C'est vraiment dingue mais ce n'est rien à coté des crémations. Ca, c'est vraiment un spectacle de fin du monde que de voir tous ces bûchers dans lesquels les corps se consument. Je crois que c'est la chose la plus impressionnante que j'ai vu de ma vie. Je vous expliquerai à mon retour car ce n'est vraiment pas la forme.
 
Salut à tous,
 
 
Michel
 
 
 

ils sont fous ces Indiens... - 16/01/2004 A 09h57

 
Salut à tous,
 
Me voilà donc dans la dernière ligne droite de mon voyage, puisque je suis actuellement à Kajuraho.
 
En fait, après Mumbay, nous avons pris un train pour Aurangabad (tu trouves Fred?) en 2e classe parmi les indiens. Ca vaut toujours le coup même si 8 heures le cul vissé sur une banquette en bois, c'est pénible... Par contre, on y fait des tas de rencontres et l'ambiance est toujours hyper sympa.
Nous étions trois avec une copine de Natasha qui débarque juste en Inde et qui rencontre les mêmes problèmes que tous le monde en arrivant: elle se demande vraiment ce qu'elle vient foutre ici.
 
A partir d'Aurangabad, nous avons visite les grottes d'Ajanta, une véritable merveille. Imaginez une falaise déployée en fer à cheval autour d'une rivière. Au milieu de cette falaise, 30 grottes creusées par les bouddhistes, sculptées et peintes, le tout il y a plus de 1500 ans. C'est vraiment superbe. Nous avons fait la visite organisée avec un guide même si ce n'est pas ma tasse de thé.
Le guide était malgré tout intéressant. Il m'a en tout cas bien fait rire. Il nous a demande à Natasha et à moi si nous étions mariés. Vu notre réponse négative, il a alors demandé si c’était dû à un problème de castes dans notre pays. En fait, les Indiens ne parviennent pas à imaginer notre vie en Europe. Des tas de jeunes continuent à venir me demander la différence entre l'Inde et mon pays. Que voulez vous répondre?
 
Le lendemain, pendant que les filles partent vers Goa car Ursula ne supporte pas du tout l'Inde et qu'elle veut se réfugier sur une plage, moi je décide d'entamer une partie un peu folle de mon voyage.
Sans aucune préparation, tôt le matin, je trouve un rickshaw pour me conduire 30 kms plus loin pour visiter les grottes d'Ellora qui dans un autre style sont tout aussi extraordinaires. Imaginez une paroi rocheuse dont on extrait 200.000 tonnes de roches pour laisser la place a un temple énorme et finement sculpté de plus de 90 mètres de haut et de 100 mètres de long. C'est fabuleux...
Retour a 12h00 a Aurangabad pour prendre mon sac, filer à l’arrêt de bus, prendre un bus vers Jalgaon (4h00 de routes) en espérant arriver à l'heure pour le train de 18h30 qui me dépose a Satna 12heures plus tard afin de prendre un bus pour Kajuraho (4 heures de route).
Le premier trajet se passe bien. Le contrôleur vient tout le temps me parler, mais je ne pige rien. Je ne sais pas si c'est de l'hindi ou de l'anglais, mais bon, je lui sors mon cv complet et tout va bien.
J'arrive à Jalgaon où je prends un ticket 2e classe avant d'aller manger une soupe dans une gargote pas terrible. Le type qui me sert est le sosie parfait du pasteur Pandy (les Belges comprendront), ce qui est toujours rassurant.
A l’arrivée du train, n'ayant pas de réservation je monte dans les classes sleeper pour trouver le contrôleur afin d'avoir un lit pour la nuit. Fastoche.
Je me retrouve avec 2 jeunes mecs et le père de l'un d'eux. Ils sont très sympas et on discute longuement. Ces gens viennent de Mumbay et retournent vers l'Assam dont ils sont originaires. Jusque là, rien de particulier me direz vous... Et bien non: en fait, il font près de 3000 kms en un seul trajet... et en 53 heures. 53 heures dans un train indien.... vous imaginez???? C'est complètement dingue. Et eux ils trouvent ca normal...
Quand je leur parle du TGV en Europe, ils sont morts de rire. Le train doit arriver à 6h45 du matin. J'arrive à dormir et à 6h25, je me réveille par je ne sais quel miracle. Le train est arrêté dans une gare et je sors demander quand on arrive à Satna. En fait on y est... Panique à bord: je file prendre mon sac, ma couverture, mes chaussures et je me retrouve sur le quai, pieds nus avec mes affaires en tas au milieu de gens qui dorment. J'ai le cœur qui bat à 200 km/h... J'ai vraiment eu du bol et rien ne me manque.
 
Je prends un rickshaw pour la gare de bus où tout est plus glauque que glauque. En fait, la saleté est telle que je reste debout, mon sac sur le dos, n'osant pas m'asseoir. Finalement, deux gars viennent nettoyer un peu les déjections de la nuit et les gens qui dormaient sur les banquettes se réveillent lentement. La fatigue aidant, ce sont vraiment les moments les plus difficiles à supporter. J’achète des biscuits que je distribue à un tas de petits mioches vraiment affamés.
4 coréennes débarquent et je les aide pour prendre leurs tickets, car leur anglais est pitoyable (sauf une qui se débrouille "a little bit"). Le bus arrive et là c'est la stupeur. En Inde il y a 4 catégories de bus: les très très très très vieux, les épaves, les ruines et les miracles. Dans cette dernière catégorie se retrouvent les bus dont on se demande comment ils tiennent encore ensemble. Et c'est ce dont on a hérité pour aller à Kajuraho. Après 20 heures de route, je nage dans le bonheur. Mon film étant terminé et n'en trouvant pas sur place, une coréenne m'en offre un pour que je puisse faire des photos de ce truc sur roues. Vous verrez, c'est édifiant. En plus, je constate qu'il perd de l'eau et de l'essence. Un Indien doit constater ma perplexité car il s'approche. Je lui montre l’état du bus et par geste il me montre que l’état du bus n'est pas important, ce qui compte, c'est dieu. J’espère juste qu'il a un diplôme de mécanicien son dieu car on risque d'en avoir vachement besoin.
 
Inde_2003_023b

 

Inde_2003_014b

 

Le trajet qui devait durer 4 heures, dure finalement 7 heures dans des conditions épouvantables, la route étant en "travaux". A l’arrivée, nous sommes agressés par des tas de rabatteurs pour les hôtels. Je m’énerve, les envoie solidement péter (avec les 4 coréennes cachées derrière moi) et je leur dis que le nom de l’hôtel ou je veux aller. Par chance, le proprio-gérant de cet hôtel se trouve dans l'enceinte de l’arrêt de bus et me le fait savoir. Je finis par empoigner un de ces zouaves qui tire mon sac à dos pour monter dans son rickshaw et ça calme les autres. On part à l’hôtel à pied... et je suis accueilli comme un roi vu que 1) j'ai choisi cet hôtel devant tous les rabatteurs 2) je ramène du monde. Le gars pour me remercier me laisse une chambre superbe pour 150 Roupies (moins de 4 EUROS)... et j'ai même de l'eau chaude à la douche. Le bonheur quoi... On m'offre le thé et tout le personnel vient me saluer. Vous ne pouvez pas imaginer le bonheur d'une douche chaude après plus de 30 heures de route. C'est génial. Je mange un morceau et à 21h00 au lit, complètement claqué.

 
Ce matin, j'ai visite les fameux temples de Kajuraho. C'est vraiment un site exceptionnel à tous points de vue. C'est dur d'y arriver mais il en vaut vraiment la peine. Il s'agit de temples du 10e siècle sculptés d'une manière exceptionnelle, mais ce qui fait surtout la réputation du site, ce sont les 5 pourcent de sculptures érotiques... qui représentent environ 95 pourcent des photos prises par les touristes. C'est vraiment incroyable. Vous verrez les photos à mon retour. Ce n'est pas pour rien qu'on associe Kajuraho au Kama Sutra. En fait toutes les sculptures sont merveilleuses. J'ai rarement vu des temples aussi beaux.
Cet après-midi, je loue un vélo et je pars voir d'autres temples autour du village.
 
Ce soir, tôt au lit car demain je prends un bus a 6h00 du mat, direction Varanassi (ex-Benares) pour un trajet d'environ 15 heures de tape-cul.
 
Varanassi est ma dernière étape avant mon retour sur Delhi. Je suis complètement épuisé et je sens qu'il est temps que je rentre...
Ici il fait très froid la nuit, mais il ne faut pas exagérer: à 9h00, j'ai quand même pris le petit dej' sur la terrasse en t-shirt. Donc...
 
Je vous enverrai des nouvelles depuis Varanassi dans 2 ou 3 jours, si tout va bien.
 
Passez tous un bon week-end,
 
 
Michel
 
 
 

Dabbah-wallahs - 12/01/2004 A 09h17

 
re-bonjour à tous,
 
Avant tout, il faut que je vous parle d'un autre truc inouï vu à Daman. On a vu une carriole, tirée par une vache, transportant une autre vache que les gens viennent vénérer. Pourquoi? Simplement parce que cette vache a trois cornes et est née avec un troisième œil embryonnaire. Résultat: elle est une incarnation d'un dieu et les gens viennent brûler de l'encens et apporter des offrandes. C'est un vrai spectacle. Et je vous jure que je n'avais pas picolé! 
 
Depuis deux jours, nous sillonnons Mumbay dans tous les sens et c'est vraiment une ville intéressante, nettement plus agréable que Delhi. Première chose que l'on remarque: l'absence de rickshaws et surtout l'absence de vaches. Elles vont me manquer à mon retour sauf si Terence et Cécile demande à la commune de Forest de laisser 2 ou 3 vaches se balader avenue Bertrand afin que je ne me sente pas trop dépaysé... Ensuite, les gens sont souvent habillés à l'occidentale et il y a des feux rouges... plus ou moins respectés. Tout ça c'est nouveau.
 
Heureusement il reste des quartiers typiques où nous nous baladons pendant des heures. Ce qui est frappant, c'est que tous les bâtiments de l’époque anglaise sont gigantesques et relativement bien conservés. On dirait des dizaines de basiliques de Koekelberg... Le style est néo-gothique-moghole (oui oui, ça existe).
Pour ceux qui comme moi sont des ignares en matière d'architecture, c'est grand, c'est gothique, il y a des rotondes et ça ressemble à des églises. C'est vraiment marrant à voir. Comme en plus il y a toujours de bus duble-decks qui circulent, ça laisse une impression coloniale intéressante.
 
A côté de ça il y a des petits métiers fabuleux. Sur les conseils d'un étudiant local, nous sommes allés voir les dabbahwallas à la sortie d'une gare sur le coup de 11h30. En fait, ce sont des gens qui se chargent de récolter au domicile le lunch des gens qui travaillent en ville et via tout un réseau, ces pic-nics arrivent à la sortie de cette gare, sont répartis en différents dabbawallahs qui les acheminent sur les lieux de travail. Un indien nous a expliqué que c’était dû au fait que les gens quittent leur domicile très tôt et que les épouses n'ont pas le temps de cuisiner. En fait c'est faux, archi-faux. La raison de ce système, c'est que selon la caste ou vous vous trouvez, votre repas ne peut pas être préparé par n'importe qui et surtout pas par quelqu'un d'une autre caste, c'est tout. Incroyable, non?
 
Inde_2003_019b

 

Demain à 6h10 du mat' on va essayer de prendre un train pour Aurangabad afin de visiter des grottes intéressantes qui se trouvent dans la région. Il sera ensuite temps d'entamer ma remontée car j'ai changé mes dates de retour: je rentre le 27 janvier. Je suis complètement vidé et certaines privations commencent à peser: un mois sans douches chaudes, cuisine quasi exclusivement végétarienne, saleté permanente, chaleur... Tout ça pour dire que je serai content de rester quelques jours chez moi à glander en écoutant de la chanson française, en lisant des BD et surtout en prenant une douche chaude toute les deux heures...
 
Point de vue nourriture, il y a quelque chose dont je rêve depuis longtemps (hein Max?), c'est d'une baguette beurrée avec du salami. Pour info, le salami ne doit pas nécessairement être frais: de toute façon, je crois que mon estomac est maintenant complètement blindé et que je ne risque plus rien...
 
Bonne semaine à ceux qui reprennent le boulot et bonne fin de week-end aux autres.
 
 
Michel 

Kal Ho Naa Ho - 12/01/2004 A 09h06

 
Salut à tout le monde depuis Mumbay (ex-Bombay),
 
C'est sous une chaleur de plus en plus tropicale (normal, on descend vers le sud) que je vous écris ce soir. Ici tout va pour le mieux.
 
Quoi de neuf sous le soleil? Pas mal de choses. Je vous avais laissé en arrivant à Ahmedabad chez une copine allemande qui nous a hébergés pendant deux jours et qui nous a fait voir la cité de l’intérieur. Alors qu'au départ cette ville n'est vraiment pas touristique, j'y ai passé deux journées vraiment intéressantes. En fait, en se donnant la peine, il y a des tas de choses à voir et la simple visite des vieux quartiers est toute une aventure. La première chose qui frappe quand on arrive d'une cite balnéaire, c'est la misère ambiante. Partout des gens vivent et dorment le long des routes, sur les trottoirs ou dans les terrains vagues, dans le dénuement le plus total. Certaines familles s'installent sous des bâches, alors que d'autres dorment à même le trottoir sur des journaux. C'est d'autant plus choquant qu'il s'agit d'une ville universitaire réputée et que le campus affiche fièrement toute la richesse d'une partie de la population. Comme toujours ce contraste si difficile à accepter pour nous occidentaux.
 
Nous avons profité de notre arrêt là-bas pour aller au cinéma. Kal Ho Naa Ho, ça ne vous dit rien? Il s'agit pourtant du plus grand succès de l’année en Inde. Le cinéma ici, c'est comme le reste: étonnant. Tout d'abord il y a du bruit tout le temps dans la salle. Un portable sonne? Pas de problème: on répond et on discute... Les films indiens ont tous la même structure: c'est long (3h30 minimum), il y a un belle histoire d'amour et c'est entrecoupé de chansons et de chorégraphies. Coup de bol: les chansons ici sont celles qu'on entend partout et tout le temps. Pour le reste, même si le film est essentiellement en hindi, une partie des dialogues est en anglais et l'histoire est plutôt simple à comprendre. Pendant les extraits musicaux, les gens s'animent dans la salle, frappent dans les mains, chantent. C'est trop drôle. Finalement, c'est vraiment sympa. Seul bémol: pendant toute la fin du film (soit 1h10 quand même...), tout le monde pleure, de tristesse ou de joie, mais les larmes coulent à flots. Et comme la salle partage les émotions de l’écran, c'est assez étonnant.
 
Nous avons aussi visité l'ashram fondée par Gandhi qui y a vécu pendant plus de 25 ans en rentrant d'Afrique du sud. C'est pas vraiment la même ambiance: il y règne un recueillement incroyable et une vénération pour cette homme à peine imaginable pour nous. Nous avons quand même eu droit à une longue séance de photos ou nous avons dû poser avec des tas de gens à côté d'une photo du Mahatma. Finalement, on s'habitue.
 
Nous avons aussi été voir un marche tibétain et tous les étudiants qui nous accompagnaient nous ont amené dans un resto tibétain clandestin (connu de tous les universitaires...). Installé dans une sorte d’étable minuscule, nous avons mangé des momos et autres spécialités tibetaines excellentes malgré le côté, disons, très rustique du resto (on mange assis par terre et les plats sont déposés sur des planches à même le sol). C’était extra pour un prix très honnête: 50 cents par personne... boisson comprise.
 
Pour quitter Ahmedabad, ce fut plus sportif. Tout d'abord la gare où nous faisons à tour de rôle la file pour réserver nos tickets avant d'entendre que tout est full jusqu'au surlendemain. Pas de problème: direction la gare des bus en rickshaw. Problème: un gars s'impose dans notre véhicule en voulant à tout prix nous vendre des tickets pour Diu d'ou nous venons. Ca donne exactement ceci:
 
Lui: vous voulez un bus? Pas de problème, très bons bus pour Diu.
Moi: Non, on va à Daman. On vient de Diu.
Lui: OK OK pas de problème venez avec moi.
Moi: Daman?
Lui: Non, Diu. Bus de Luxe, très beaux bus.
 
Et comme ca pendant plus de 5 minutes. Finalement je profite d'un ralentissement pour sortir du rickshaw et empoigner le gars pour le foutre dehors. A la gare de bus, on tourne pendant 15 minutes avant de trouver le bon quai où nous attendons le bus qui arrive vers 14h00. Bus local of course. Seul problème : on n'avait pas pensé que le trajet vers Daman ( et non vers Diu si l'autre abruti lit ce mail) durait 12 heures...
 
On se retrouve donc dans un bus pourri sans rien avec nous. Heureusement le bus est a moitié rempli et des le premier arrêt, les indiens descendent et reviennent avec tout le ravitaillement nécessaire qu'ils nous offrent: j'ai donc la chance de goûter les spécialités locales, souvent excellentes et très épicées. Je goûte un truc qui arrache bien la gueule et la brave madame me fait comprendre que c'est encore meilleur avec la sauce qui pique aux yeux rien qu'en la regardant. Finalement le trajet est super et tout le bus est d'accord pour nous faire descendre à une station en cours de route car le bus ne passe évidemment pas par Daman et que la station normale, à 2h00 du mat' risque d’être déserte. On nous arrêté donc dans une sorte de gare fantôme ou 5 personnes descendent avec nous pour trouver quelqu'un sur place qui puisse nous faire monter dans le bon bus. On nous confie donc a un gars à moitié bourré qui toutes les 30 secondes nous dira: "ok" en montrant sa montre. Ca veut dire que le retard est encore acceptable. Avec nous dans la station des femmes et des enfants vivants dans les rues et qui attendent sur les banquettes. J’achète des biscuits que je distribue aux bouts de choux.
Le bus arrive et nous montons: premier choc, le chauffeur carbure à l'extasy local et ne tient pas en place. Il rentre et sort de sa cabine une dizaine de fois en trois minutes et ses yeux sont ceux d'un dément. Ca promet. Second choc: on va récupérer a quelques kilomètres les passagers d'un autre bus qui est en panne (je suis même pas surpris). Pas de chance, ce bus était bourré (comme notre chauffeur) et je me retrouve coincé avec mon sac a dos (20kgs) sur les genoux et un  indien particulièrement sale qui me colle. Un vrai bonheur.
 
Finalement à 3h00 du mat' on arrive enfin. Je nous trouve un hôtel que nous quittons après la première nuit car trop cher pour le service (et pour nos pauvres bourses de routards). On trouve un hôtel sympa pour 2 jours de repos à Daman, sur la côte du Gujarat, un peu au nord de Mumbay. C'est sympa, on y fait d'immenses ballades et la bouffe est bonne. Seul problème: ici, les plages servent a la fois de dépotoir et de toilettes. C'est vraiment immonde. Tous les égouts de la ville débouchent directement sur la plage... que nous évitons soigneusement. Première conséquence: c'est pas ici que je mangerai du poisson...
 
Après 2 jours, en route pour Mumbay. Même problème pour trouver un bus, mais la, on change de monture: on voyage en train IIe classe. C'est sympa malgré les banquettes en bois, mais comme ce n'est que pour 4 heures, c'est supportable. Dans le train, des tas de gens circulent essayant de vendre un peu de tout au point de vue nourriture et boisson. Moins drôle: des mendiants et des handicapés passent aussi. Ce qu'on voit est parfois terrible. Je donne une pièce à un gamin dont la peau est bouffée par la lèpre, la gale ou une autre maladie. Il pue tellement que je donnerais n'importe quoi pour qu'il se casse rapidement. Arrivée à Mumbay. A partir de l’entrée en ville, le train roule encore 1h00 avant d'arriver a une station ou nous utilisons une des trois lignes locales de train de la ville.
 
Ensuite, nous trouvons un hôtel pas mal et pas trop cher pour la ville mais nous constatons que la rue est ultra bruyante et surtout que la paroi entre les chambres ne va pas jusqu'au plafond... c'est super pour l’intimité.
 
On passe la soirée avec des gens qui étaient au réveillon à Diu avec nous et puis, visite de Mumbay.
 
Je vous raconterai la suite demain car il est 23h30 et que je suis mort crevé car la chaleur nous a empêché de bien dormir ces derniers jours...
 
Bonne nuit à tous et à demain (peut-être)
 
 
M.