02/01/2010

La mer, oui. Le Gange, non, pas vraiment...

Tout d'abord, je tiens à souhaiter une excellente année 2010 à tout le monde.

Varanasi, ex-Benares, la ville indienne la plus sacrée. Je m'y étais rendu lors de mon premier voyage en Inde, mais j'étais arrivé avec 2 côtes cassées et je n'avais pas réellement pu en profiter.

Cette fois ci le contexte est bien meilleur: je suis en bon état (quoi que, diront certains) et en plus il fait bon. C'est pas la grosse chaleur mais ca va, malgré des nuits un peu fraiches.

J'ai donc pris un train de nuit pour une quinzaine d'heures entre Gwalior et Vârânasî. Je me trouve avec 4 pèlerins qui vont passer 3 jours à Vârânasî. Ca sent plus la guindaille entre potes que le pèlerinage en lieu saint, mais bon, c'est pas mon problème... Durant les premières heures, ils veulent discuter, mais il n'y en a qu'un qui parle anglais, et encore, son vocabulaire se limite à 17 mots, ce qui ne facilite pas les choses. Une fois de plus, ils achètent des tas de victuailles à chaque arrêt et les partagent avec moi. La seule chose qu'ils me laissent leur offrir, c'est le chai, le thé indien que j'adore toujours autant.

J'ai une couchette en bas et je le regrette directement: le soir, mes gaillards ne sont pas décidés à aller dormir et le lendemain matin, un couple de vieux vient s'installer sur le bout de ma couchette m'obligeant à rester plié en deux.

Arrivée à Vârânasî avec 2 heures de retard, mais bon, ca va encore. Vârânasî est, avec Agra, la pire ville pour arriver en train: rabatteurs, pickpockets, trands de tout style s'y donnent rendez vous: c'est connu. Et moi, comme un con, je mets mon portefeuille avec tout ce que j'ai (roupies, euro, passeport, carte d'identité, 2 cartes de crédit,...) dans ma poche latérale, après avoir passé la nuit à dormir dessus.

Quel con: heureusement que la toile est fine et que je sens la présence d'une main car un mioche de 5 ou 6 ans est en train de me piquer mon portefeuille. Sueur froide... Je reprotège tout et je sors, escorté par une chiée de rabatteurs de tous poils. Je leur dit que j'ai loué une chambre et directement ils se cassent me laissant quasi seul (on n'est jamais tout à fait seul en Inde... ou alors on n'est plus en Inde.). Je négocie un tarif correct avec un rickshaw pour me déposer à un endroit que je connais et situé à proximité de mon hôtel.

Ce salopard part à travers une série de petites rues et au bout de 30 minutes de trajet infernal dans une cohue démentielle, il s'arrête et me montre une direction en disant que c'est par là et qu'il ne va plus loin que moyennant 20 Roupies. La somme est dérisoire mais le principe me fait chier. Je le plante donc sur place et pars vers l'hôtel. Erreur: je ne suis pas où je crois et pendant 20 minutes, je m'éloigne de mon but. Quand je m'en rends compte, je suis super loin de ma destination. Je repars donc dans l'autre sens, fou de rote, prêt à étriper à vif le premier rickshaw qui s'approche à moins de 2 mètres. Je pars dans les ruelles, je croise deux cortèges funèbres se rendant au ghât des crémations, me faufile à travers les vaches, les indiens, les bouses (des vaches, pas des Indiens... quoi que...), les pèlerins se rendant au Golden temple, les touristes, les chèvres, les chiens,...). Quand j'arrive à l'Alka, plus de chambre. Chouette journée. Heureusement, ils viennent d'ouvrir un guest house tout proche, sans vue sur le Gange mais qui s'avère très calme (denrée rare en Inde) et surtout très bien tenu: eau chaude, pommeau de douche où toute l'eau va dans le bon sens et propre, incroyablement propre. En plus, je négocie le tarif et ils acceptent tout de suite. Enfin... Mes pensées homicides à l'égard de tout ce qui conduit un véhicule destine a transporter des touristes commence à se calmer...

Je m'installe, sympathise avec une suisse et un coréen et vais faire un tour sur les Ghats, qui sont les endroits où se situent les escaliers permettant de descendre dans le Gange. Rien n'a change en 6 ans: de toute façon, à mon avis, rien n'a changé en 1000 ans ici. 

Le soir, je mange un petit truc rapide et je me couche... malade. Toute la nuit, je me dis que j'aurais du mieux négocier et ne louer qu'une salle de  bains puisque je ne passe pas 1/2 heure dans mon lit. Un peu inquiet par la situation (je ne vois pas ce que j'ai mangé de risqué), je m'attaque à ma pharmacie et je finis par dormir. Mais quelle purge incroyable. De toute façon il fallait bien que ca arrive un jour, mais ce qui m'ennuie c'est que je n'arrive toujours pas aujourd'hui à savoir d'où vient le problème alors que tant de fois en m'arrêtant pour manger et en voyant l'état du boui boui, je me suis dit "ok, cette fois, c'est la bonne" et que rien ne se passait. Ici, j'ai mangé presque civilisé. Heureusement, la journée se passe bien sans trop de douleurs à l'estomac et le soir, j'arrive même à manger. Bon signe. Le jeune français et la suisse de mon âge (donc pas toute jeune, je sais) aurant dans les deux jours qui suivent exactement les mêmes problèmes que moi, mais en plus grave et plus douloureux. Je m'en sors bien...

Vârânasî est une ville étonnante, encore plus que les autres villes indiennes. La vie se concentre sur les Ghats au bord du Gange et quand on remonte dans la ville, on se retrouve dans le Chowk qui est un enchevêtrement de ruelles plus étroites les unes que les autres et où se concentre tout ce que je vous ai décrit plus haut. Le plus remarquable, ce sont les vaches sacrées qui déambulent à leur aise et qu'il faut constamment éviter ou laisser passer. Evidemment, ces braves bêtes n'ont jamais appris le caniveau et leurs bouses jonchent le sol tous les 10 mètres (quand tout va bien). Il faut donc retrouver sa route (quasi impossible sans demander), se frayer un chemin et surveiller le sol du coin de l'œil pour savoir où on marche. C'est du grand art.

A Vârânasî, ce qui attire inévitablement les touristes en dehors des ablutions des Indiens dans le Gange, ce sont les crémations. Pour nous, ces crémations en plein air sont à la fois fascinantes et choquantes, attirantes et horribles. Je n'ai pas pu m'empêcher d'aller m'y installer pendant plus de 3 heures pour en observer le mécanisme. Il faut d'abord savoir qu'en se faisant incinérer à Vârânasî les Hindous échappent au cercle infernal des réincarnations et qu'ils atteignent directement le paradis. Ca vaut donc le coup. Pour eux, le corps n'est que le véhicule de l'âme et un fois que tout le rituel a été appliqué, ce qui reste n'est plus qu'un truc sans importance. C'est là que ca devient choquant pour nous: j'ai vu les responsables d'un feu sortir un cadavre encore entier à partir des genoux et des coudes d'un bucher en glissant des bambous dans la cage thoracique, recomposer le feu et remettre le corps dessus avant de le fracasser en morceau pour qu'il brule mieux.

En général, la tête et les pieds dépassent du bucher et quand ils replient la jambe encore entière sur le corps, les touristes ont tous un énorme frisson qui leur parcourt l'échine. Pour les Hindous, ce n'est plus rien...

Les balades sans but dans cette ville hors normes sont toujours étonnantes. J'ai multiplié les photos et comme tout le monde, je me suis levé à 6h du mat pour assister aux ablutions dans le Gange.

Encore un truc inouï pour nous: les Hindous font leurs ablutions dans le Gange, boivent un coup d'eau sacrée, puis se lavent, se brossent les dents et éventuellement font leur lessive. J'essaye de me faire le plus discret possible car j'ai vraiment le sentiment de m'introduire dans leur salle de bain ce qui me gêne. D'autres touristes n'ont manifestement pas cette pudeur.

Le Gange est un des fleuves les plus pollués du monde: en plus de tout ce que je décris ci dessous, il ne faut pas oublier les sorties d'égout diverses, les offrandes qui y sont jetées ainsi que les corps plus ou moins en cendre qui y sont balancés. Bref, un joli dépotoir. En me promenant, j'ai vu un filet "d'eau" descendre de la ville devenir a un moment vert fluo. Je ne veux même pas savoir d'où ca vient... Shrek? Hulk?

Dans mon hôtel, j'ai demandé au responsable si ce que les bouquins écrivaient était vrai: pour les touristes, pas question de tremper le bout d'un ongle dans le Gange: danger mortel. Est ce exagéré? Il m'engueule presque en me traitant d'inconscient alors que je ne compte pas m'approcher de cet égout géant.

2 jours plus tard, à peine levé, il m'appelle dans le patio de l'hôtel et m'accueille avec un air triomphant: le journal local fait état d'un polonais de 29 ans qui pendant 4 jours a fait ses ablutions dans le Gange avec les Hindous. Le 5e jour il a eu mal de tête et s'est retrouvé à l'hôpital local... où il est mort 3 jours plus tard d'une infection généralisée. On aurait même retrouvé des germes dans son cerveau précise le journal. Bon, ok Lesley, je vais continuer à prendre des douches...

Là dessus je vous laisse car je vais aller faire un plouf car il fait vraiment très très chaud depuis le 31 et les deux seuls endroits où on est bien sont: le café internet climatisé et la mer...

A+

Michel

 

 

Les commentaires sont fermés.