02/12/2007

N'emmenez pas vos amis écolos en Inde!

 

Mangalore: dernière étape avant le retour à Goa. Je dois avouer que les trajets successifs m'ont considérablement crevé et que j'ai hâte de me fixer un peu.

A l'hôtel de Mangalore, ils sont sympas et téléphonent à la gare pour savoir quand il y a un train vers Goa, vu que les trains régionaux ne figurent pas dans la bible des routard le "Trains at a glance", répertoire de tous les trains indiens. Bonne nouvelle, il y en a un à 6h50... et je gagne donc une heure de sommeil par rapport à celui que j'avais repéré. Comme j'ai de plus en plus de mal à me réveiller avec le petit bip de ma montre et comme je dispose d'un téléphone dans la chambre, je demande qu'ils m'appellent à 5h30. Ils en prennent bonne note mais j'ai des doutes...

Comme l'hôtel est occupé exclusivement par des Indiens, le soir, c'est boucan assuré: partout, ils agissent de la même façon: ils laissent la porte de la chambre ouverte, la télé à fond et se parlent de chambre à chambre. La nuit, quand ils rentrent, même topo: on discute dans les couloirs sans s'inquiéter du bruit. Le mot "chuchuter" ne doit pas exister en hindi!

A 5h00, je me réveille, mais comme toutes mes affaires sont prêtes, j'attends que la réception m'appelle pour me lever... et je serais encore en train d'attendre je crois s'il avait vraiment fallu qu'ils me réveillent. Quand je descends pour régler la chambre, je leur fait la remarque et j'ai un peu honte car les deux réceptionnistes ont l'air tout penaud. Je les rassure en leur disant que j'étais déjà éveillé. A ce moment-là leur visage s'éclaire et un des deux me dit: "ben oui, c'est pour ça qu'on ne vous a pas appelé: vous étiez déjà éveillé!". La mauvaise foi indienne: ils ne seraient pas dépaysés dans la politique belge, ces braves gens...

A la gare, pas de choix: il n'y a qu'une classe dans les trains régionaux. Je m'installe donc où je peux avec mon sac à dos de plus en plus lourd. Je partage une banquette avec un prêtre catho très sympa (comme quoi...) et 3 jeunes mecs qui terminent leurs études. Le trajet dure plus de 8 heures mais ça passe super vite. Les gamins regardent mes photos et me posent des tas de questions du style "pourquoi t'as fait celle-là?" vu que ce sont des scènes de leur vie quotidienne qui nous paraissent hallucinantes... mais ce n’est pas facile à expliquer.

A un moment, je leur passe mon iPod qu'ils se passent en semblant assez surpris par ce que j'écoute: il faut dire que quand ils me le rendent, ils étaient sur un album d'AC/DC, ce qui ne ressemble pas forcément à la musique indienne traditionnelle.

Sur le trajet, on récupère pas mal de touristes montés à Gokarna, une ville mi-sainte, mi-plage dont on dit beaucoup de bien. Il faudra que j'essaye.

En arrivant à Canacona, un chauffeur de taxi me propose de me déposer à Palolem pour 100 Rps. J'essaye de négocier vu qu'il y a au maximum 3 kms jusque là. Je lui fais dire que le trajet revient bien à 100 Rps et que ce n'est pas le prix par personne. Comme il confirme, on embarque un couple israélien, un canadien et un couple de... voisins (vu qu'ils viennent d'Uccle). A 6 pour 100 Rps, on n'est pas roulés... le chauffeur par contre tire la gueule!

A Palolem, je m'installe dans un super petite hutte pour 5 jours avec les Ucclois comme voisins. Ils réussissent à me convaincre d'aller faire le tour matinal en bateau pour aller voir les dauphins... et je ne le regrette pas car on a vraiment eu l'occasion de bien les observer au large de la plage d'Agonda. Chouette ballade avec un couple très sympa.

Pour mon retour à Palolem, je suis abordé par un Allemand qui est arrivé en même temps que moi et avec qui je partagerai quasi tous mes soupers: le genre de mec hors norme avec lesquels je m'entends si bien. Il est dans le bâtiment (formation de maçon et d'électricien) qui s'est installé à son compte et qui travaille partout où on lui propose un projet: Ghana, Pakistan, Sri Lanka, Nouvelle-Zélande,... On rencontre aussi un roumain allemand (ou un truc dans le genre) qui part pour minimum un an et comme il va faire le SE asiatique, je lui ai promis de lui envoyé des renseignements utiles.

Pour le reste, la vie s'écoule paisiblement: je n'ai vraiment plus envie de bouger après toutes mes journées de bus et de train. Je me contente de profiter du soleil et un peu de la plage. Les nuits paraissent vachement froides... mais quelqu'un me confirme que le thermomètre ne descend jamais sous les 15 degrés. Pourtant on caille tous la nuit: ça doit être la différence de température qui cause ça, vu qu'il fait plus de 33 degré tous les jours.

A Goa, on a l'impression que les gens ont été formé à l'accueil des touristes et c'est ainsi que c'est le seul endroit où l'on voit la majorité des Indiens utiliser les poubelles par exemple, ce qui me change du reste du pays. Le plus terrible que j'ai vu (en dehors des égouts d'Ooty que j'ai observé de tout près), c'est lors de mon fameux trajet en train pendant le Diwali. J'étais donc assis sur mon sac à dos à l'entrée du wagon et j'avais vu une grande poubelle en plastique de plus d'un mètre de haut sur la passerelle. Je suis épaté et je me dis que les Indiens font décidément des efforts conséquents, surtout que la poubelle se rempli bien. A 3 heures du mat, un employé du train vient, prend la poubelle qui est bien pleine maintenant, la traîne jusqu'à la porte extérieure qu'il ouvre et hop, tout le contenu vole sur les voies. Bon d'accord, il reste du boulot... Un conseil: si vous êtes pote avec un écolo, ne l'emmenez en vacances en Inde, car à son retour il est parti pour une thérapie de 30 ans...

Après ça, je peux vous avouer que j'ai fait comme les indiens: tout passe directement par la fenêtre du train vu que c'est de toute façon la destination finale ici... Il faudra que je fasse gaffe en rentrant quand je prendrai le métro!

N'empêche que ça fait toujours une drôle d'impression quand on voit qu'un journal passe de main en main et que chacun reçoit une page et puis que quand tout le monde  finit, on reconstitue consciencieusement le journal page par page... avant de le balancer par la fenêtre. Il faudra qu'on m'explique...

Des tas d'autres choses sont surprenantes: à l'entrée de la plage de Palolem par exemple, il y a un panneau plein d'avertissements pour les gens qui y viennent. Il est dit en vrac: 1) ne pas faire ses besoins sur la plage (ne rigolez pas, c'est courant dans certaines régions: je l'ai vu et surtout senti!) 2) ne pas cracher (ah la saloperie de betel) 3) ne pas fumer sur la plage 4) ne pas abuser d'enfants. Tout ça sur le même ton, comme s'il n'y avait pas de différence entre l'abus d'enfant et cracher en public... 

Le dernier jour, retour de Kate avec une copine anglaise qui vient en Inde pour une semaine: faut être motivée. Le soir on se retrouve avec Janine et 3 anglais dans le même resto en dehors de la zone touristique. La bouffe est excellente et pas chère, mais les anglais commandent des bières comme des fous et on se retrouve en fin de soirée à avoir bu 20 bières à 7... Et ce sont des bouteilles de 675 ml. Et comme ils n'en ont pas assez, on passe dans un bar sur la plage. Je bois un rhum (local) coca et je vais me coucher. A 4 heures du mat je suis réveillé par les anglaises vu que la copine de Kate n'a pas perdu de temps et qu'elle a ramené un mec dans leur hutte. Donc Kate vient dormir avec moi mais après 5 minutes, j'ai de nouveau mon lit pour moi tout seul vu qu'elle va vomir jusqu'à l'aube. Chouette dernière nuit!

Bon, il ne me reste plus qu'une étape: le retour sur Mumbai pour une seule soirée avant le retour sur Bruxelles. Je profite au max de ma dernière journée et je pars en bus pour Margao et puis le train vers Mumbai. Pour le départ, ça va: on a 25 minutes de retard... mais à l'arrivée, on en à 5h45! Et il y en a qui se plaignent de la SNCB en Belgique! On devait arriver à 5h50 et on est arrivé à 11h35. On a fait des arrêts hyper longs durant la nuit et en plus un Indien voulait laisser la fenêtre ouverte et j'ai chopé une crève d'enfer. Je partage notre compartiment avec un couple allemand, une anglaise et 4 Indiens dont un qui avait difficile à suivre. Il me demande d'où je suis et quand je dis "Belgium" il parle en hindi avec un des gars et je crois comprendre "Tokyo". Effectivement, le gars croyait que Belgium c'était une ville japonaise à côté de Tokyo au Japon. D'ailleurs ajoute-t-il, je ressemble à un japonais (le premier qui me parle de sumo prend ma main dans la tronche, compris?). C'est quand même une première pour moi.

A Mumbai, je partage un taxi avec l'anglaise et on se retrouve dans le même hôtel, on va boire un verre et on décide d'aller au cinéma le soir même voir un film de Bollywood. Finalement, le film joué concerne une équipe de foot d'émigrés indiens en Angleterre, mais Emma insiste quand même pour y aller. Le film s'intitule, de manière très originale, "Goal" et reprend pas mal d'éléments habituels du cinéma indien, sauf les principaux que sont la danse et le chant, mais bon, on passe un bon moment: même si le film est principalement en hindi, on comprend tout: c'est pas encore sur ce film que les scénaristes indiens risquent d'attraper une méningite...

Le lendemain, resté seul, je prends un bus local pour aller voir un quartier que je ne connais pas. Je me retrouve à traverser un bidonville, ce qui m'inquiète un peu, mais ça se passe bien. Au retour, je vous le donne en mille, le bus tombe en panne: me voilà donc débarqué dans un quartier que je ne connais pas mais heureusement un Indien m'accompagne jusqu'à un arrêt pour atteindre l'endroit où je désire me rendre (le Crawford Market). Je fais quelques achats et je rentre à l'hôtel où je constate qu'il me reste exactement le montant pour payer le taxi jusqu'à l'aéroport. Je vais donc mendier 11 Rps (il m'en reste 4) chez un Anglais qui vient de débarquer pour me payer une bouteille d'eau!

Entre temps, je retrouve un Belge qui était dans le train de Goa et qui m'invite à aller boire un dernier lassi et un dernier chai avant mon départ: ça ne se refuse pas! En fait, il s'agit du directeur du centre fermé d'Everberg et la discussion est très intéressante. On se retrouve enfin dans sa chambre pour peser nos bagages respectifs avec un crochet à l'ancienne reçu de l'hôtelier. Je répartis donc mes bagages dans mes sacs du mieux possible.

A propos de mon bagage à main, je me suis bien fait b...: en fait, en me baladant en ville, je trouve le sac idéal que je négocie. Le vendeur commence à 1500 Rps pour vite descendre à 1200 puis à 800 sans que je ne propose de prix. Je lâche donc 300 et il continue à descendre jusqu'à 350 et là, comme j'insiste, mais juste pour le plaisir du marchandage, un couple d'Indiens présent depuis le début dit: "ok, 350 Rps, on prend" et comme il s'agissait du dernier exemplaire, je suis pigeon. Le lendemain, je trouve un sac un peu moins bien pour 400 Rps. Ca m'apprendra!

En rentrant à l'hôtel pour récupérer mon sac, je suis à nouveau abordé par des jeunes qui s'approchent en gueulant "taxi" et puis qui tout proches, proposent toutes les drogues possibles et imaginables. Pour m'en débarrasser, je dis que je pars pour l'aéroport et que je n'ai plus le temps. Le gamin à une réponse exceptionnelle: "achète moi de la drogue et je viendrai te montrer comment la planquer dans tes bagages!". Il me suit jusqu'au pied de l'hôtel!

Départ pour l'aéroport. A Mumbai, c'est l'enfer. Au niveau international, on a dit qu'il fallait renforcer les contrôles: on sera donc contrôlés 8 fois avant de grimper dans l'avion et ils ne trouveront jamais les gouttes nasales que j'ai sur moi. Tous les contrôles effectués son plus ou moins foireux mais prennent un temps fou! Comme en plus notre avion est annoncé avec deux heures de retard (je sais, je dois subir une malédiction du dieu des transports!), c'est la fête. Le trajet de retour se passe bien malgré de nombreuses turbulences, mais quand on a "fait" l'Inde en bus, on ne craint plus rien!

A Zaventem, la première constatation est qu'il fait gris, atrocement gris: plus que la température, c'est ça qui me fout le moral à plat! Comme d'hab à Zaventem, il faut attendre un temps fou pour récupérer nos bagages: on attend pendant quasi une heure et quand un responsable se présente, il nous annonce tout bêtement: "et vous êtes déjà allés voir sur les autres bandes si vos bagages n'y étaient pas: ça arrive parfois". Non, finalement, l'Inde, ce n'est pas si compliqué que ça... Welcome back in Absurdia.

Bon, maintenant il est temps de penser au prochain voyage qui pourrait bien être... l'Inde, mais l'est: Calcutta et l'Orissa me tentent vachement. On verra bien!

A+

Michel, ex-touriste

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