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19/09/2006

Voyage maudit? Maudit voyage! - 28/01/2004 A 17h39

 
Salut à tous,
 
Me voilà enfin de retour à la "civilisation".
 
Dans mon dernier message, je vous laissais entendre qu'il ne me restait qu'un petit trajet d'une douzaine d'heures pour regagner mes pénates. Et bien voilà: c'est encore loupé!
 
L'horaire prévoyait un départ de Delhi à 4:45 du matin le 27. Jusque-là, pas de problème. Cela se complique cependant quand, en arrivant à minuit à l'aéroport, on constate que le départ est retardé jusqu'à... 12:30.
 
Premier bonheur: comme j'ai 1h15 de transit à Istanbul, il est évident que je loupe le seul départ quotidien pour Bruxelles.
 
Second bonheur: la nuit va être longue!
Turkish Airlines, dans sa grande bonté, annonce cependant que nous pouvons enregistrer nos bagages et qu'ensuite nous irons dans un hôtel. Je suis heureux de me débarrasser de mon sac à dos (qui fait maintenant 27,8 kg) et comme les autres, j'attends. Nous assistons au départ d'un contingent de casques bleus indiens qui part pour l'Ethiopie sous l'œil des caméras de TV qui se demandent ce que foutent tous ces gens installés en pleine nuit par terre au milieu de l'aéroport.
 
A 3heures du mat', nous embarquons enfin dans des bus... pour se retaper une heure de trajet vers le centre ville, dans un hôtel 5 étoiles. Première réaction de tous les routards présents? Aller voir le prix des chambres qui correspond pour moi à exactement 16 jours de vie en Inde: 200 USD. Je ne vais pas me plaindre, c'est vrai que c'est le grand luxe... même si ce n'est que pour 4 heures. Le lendemain, buffet petit déj' exceptionnel. On fait un peu tache (c'est le cas de le dire) avec nos bottines de trekking et nos vêtements franchement dégueux, mais on s'en fout. On forme un petit groupe sympa d'occidentaux et on sait qu'on a tous manqué notre connexion et qu'on va passer une nuit à Istanbul...
 
Retour à l'aéroport. Embarquement et vol sans histoire malgré une heure de plus de retard au décollage (on en est de toute façon plus à ça...).
On atterrit donc à Istanbul à 16h55. Comme mon vol était à 8h40, je sais que c'est foutu...
Direction donc le comptoir de Turkish Airlines où je retrouve une soixantaine de personnes et où le personnel n'a pas l'air trop préoccupé par notre arrivée. On finit par collecter tous nos passeports et nos tickets car il faut un visa pour entrer en Turquie... Et c'est là que ça commence!
 
Nous patientons tous au milieu du couloir des arrivées dans l'attente de nos passeports et de l'accès à l'hôtel promis. On nous signale qu'il faudra 1 heure aux flics et douaniers turcs pour que ça soit fait. On s'installe donc tant bien que mal. Nous ne recevons ni à boire ni à manger, malgré la présence de 7 enfants en bas âge. Au bout d'une heure, ne voyant rien venir, quelques indiens commencent à s'exciter au comptoir, mais je reste zen... plus pour très longtemps.
 
Au bout de 2 heures où l'on nous répète toutes les 10 minutes que "dans 20 minutes tout sera OK", le ton monte. Les pères de famille exigent de l'eau pour les gosses, nous voulons avoir à bouffer et on nous répète sans arrêt que nous ne pouvons pas bouger car nous n'avons pas nos passeports. De vrais otages quoi!
 
Après environ trois heures, nous commençons à tous être très nerveux et le personnel est incapable de nous donner des réponses satisfaisantes. Comme on nous répète que tout dépend des flics installés de l'autre côté de la frontière avec nos passeports, j'exige de pouvoir aller leur demander nos passeports en retour. Je force le passage de la frontière avec une vingtaine d'autres personnes et nous déboulons chez les flics où c'est un peu la panique. Contre la promesse de rentrer en zone neutre, ils nous annoncent qu'ils ont "presque fini". On rejoint donc les autres et on s'installe tous au bord de la zone d'immigration ce qui fait bien chier les Turcs, mais nous sommes déchaînés. Finalement au bout de 4 heures (je suis en route depuis 25 heures avec 3 heures de sommeil, comme les autres), un trou du cul de fonctionnaire arrive avec les passeports et nous l'accueillons avec de très lents applaudissements pleins de mépris. Il apprécient. Les flics m'appellent avec un Indien travaillant aux NU, un hongrois et un Autrichiens (les 4 meneurs) pour nous dire qu'ils vont procéder à l'appel et que nous pourrons passer la frontière un à un mais qu'ils garderont nos passeports, nos tickets et nos cartes d'embarquement jusqu'au lendemain matin.
 
On est vraiment au bord de l'émeute. Finalement, les Turcs ne lisant pas les noms indiens, nous faisons nous même l'appel sous l'œil scrupuleux du trou du cul de tout à l'heure.
 
Nous passons la frontière et un premier groupe suit une hôtesse. Le reste (soit 25 personnes) passe à son tour et nous nous retrouvons seuls sans savoir où nous devons aller. Y a plus d'hôtesse!!!!!
Comme on nous a dit qu'on allait prendre le bus, on sort du terminal.
Gravissime erreur... car il y a un meeting point à l'intérieur de l'aérogare
et pour y rentrer, il y a un contrôle douanier des passeports et des tickets. Vous voyez le problème?
Je suis déchaîné (et ceux qui me connaissent savent ce que ça peut donner).
On revient donc vers un contrôle où une flic vient vers nous. Je lui explique (pas très calmement) que nous n'avons plus ni papier ni passeport, que nous devons aller dans un hôtel dont nous n'avons pas d'adresse et que nous devons rentrer dans cette merde d'aérogare pour retrouver les autres.
Après concertation avec ses collègues, nous passons tout en ayant droit à une nouvelle fouille de bagages.
Au meeting point, c'est le bordel: l'hôtesse court dans tous les sens avec des listes de noms par destination; nous avons droit à un nouvel appel par petit groupe et chaque fois l'hôtesse accompagne le groupe à l'extérieur pour les amener à un minibus auquel elle donne ses instructions.
Je suis dans le dernier groupe et nous gagnons un hôtel... où nous retrouvons tous les autres.
A quoi a servi ce dernier appel? Mystère et boule de gomme.
 
Nous allons donc tous dîner après avoir reçu nos chambres: il est 22h45!
Nous avons du d'abord expliquer à une dizaines d'Indiens comment on rentrait dans une chambre avec une carte magnétique et comment ça fonctionnait dans ce genre d'hôtel...
Nous recevons un potage et puis, on nous sert le plat: une tranche de bœuf!!!! Et nous sommes avec 35 Hindous !!!!! C'est de nouveau le bordel:
Les Indiens qui m'ont vu à l'œuvre à l'aéroport m'interpellent. Je vais donc expliquer au maître d'hôtel que les hindous ne mangent pas de vache. Il à l'air de débarquer de Mars quand j'exige des plats végétariens pour tous ces gens. Finalement, le gérant de l'hôtel débarque, nouveaux palabres, il donne des coups de fil pendant que les autres occidentaux essayent de calmer les Indiens qui sont sur le point de lyncher le maître d'hôtel.
Finalement, ils nous promettent des plats veg et ils osent à peine déposer les assiettes de bœuf devant les Européens. Le gérant ne me quitte pas du coin de l'œil : il faut dire qu'il a pris l'engueulade que je n'ai pas osé donner aux flics turcs...
A minuit, nous regagnons enfin nos chambres (au grand soulagement du gérant) en sachant qu'à 4h45 nous serons réveillés pour regagner l'aéroport. Que du bonheur !
 
Ce matin, après le petit dej, nous nous installons dans les bus où le cirque recommence: la plupart des Indiens n'a pas pigé que le mini bar était payant. Les gars de l'hôtel montent donc dans les bus en donnant les n° des chambres qui doivent payer le mini bar. Je descends pour servir d'interprète pour un jeune moine tibétain qui quitte ses montagnes pour la première fois et qui a des difficultés à se faire comprendre. Je joue finalement à l'interprète pour une dizaine d'indiens aussi qui m'appellent maintenant tous par mon prénom et qui sont venus me serrer la main les uns après les autres pendant le petit dej. Mon côté révolutionnaire a repris le dessus... et je dois bien dire que j'aime ça.
 
Nous sommes finalement déposés à l'aéroport... où personne ne nous attend. On rentre donc tous ensemble dans l'aérogare après le Xième contrôle des bagages à main depuis 2 jours. Nous restons tous groupés et je repars avec l'Indien des NU à la recherche de nos passeports. On fait un scandale de tous les diables à l'embarquement et finalement un manager débarque. Il prend à son tour une engueulade monstre. Je crois qu'au milieu de mon énervement, il comprend car il part chercher lui-même nos passeports pendant que tous les autres débarquent. On est de nouveau proches de l'émeute: on a tous dormi 5 ou 6 heures depuis 2 jours et on a beaucoup de mal à contenir certains Indiens.
 
Nouvel appel, passeport par passeport pour voir si tout monde est là! Le vieux flic (ou douanier, je ne sais plus) qui voit mon énervement devant la lenteur du bazar me demande ce que je veux. Je lui crache à la gueule avec tout mon mépris: "We just want to leave your fucking country and never come back". Je ne sais pas si c'est la phrase qui l'a énervé ou les applaudissements des Indiens, mais je sens passer le boulet de l'arrestation administrative et je décide de me calmer.
 
Nous allons ensuite en rang jusqu'à la douane où ils procèdent à un nouvel appel pour nous faire passer en zone transit après avoir reçu nos passeports et nos tickets. Tous les Indiens viennent nous serrer la main et nous remercier et nous pouvons enfin gagner nos gates d'embarquement respectifs où j'apprends que l'avion pour Bruxelles à une heure de retard.
 
Au moment du décollage, toute la pression accumulée dans ce pays de merde où je n'irai jamais passer mes vacances s'évacue et j'éclate en sanglots à la grande surprise de mon voisin qui se demande ce qui m'arrive et avec qui je discuterai jusqu'à Bruxelles après avoir bu un bon whisky (à 9h30 du mat, ça réveille).
Je suis à peine rentré chez moi depuis 4 heures maintenant et j'ai déjà été voir quelques sites internet pour le sud de l’Inde qui me manque déjà!
 
Salut à tous,
 
 
 
Michel, révolutionnaire à ses heures
 
 
 
PS: si vous allez en Turquie, vous ne devez pas saluer les flics et les douaniers pour moi. Merci d'avance
 
 

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