Vive la SNCB - 16/12/2003 A 06h46

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Daktari - 22/12/2003 A 18h43

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14/09/2006

Star Academy - 19/12/2003 A 08h18

 
Ile de Diu - 29 degrés - ciel bleu - mer calme... je répète: MER CALME
 
Salut les frileux,
 
Voici les nouvelles du jour.
 
Après mon dernier mail, je suis encore resté une journée dans Junagadh à me balader un peu partout dans la ville. Ce qui est extraordinaire en Inde c'est que dans chaque rue et chaque ruelle, il y a toujours autant de monde que vous ne devez en avoir dans la rue Neuve pour le moment. Je suis d'accord qu'il faille caser plus d'1 milliard de personnes, mais quand même...
 
Je me suis arrêté devant une boutique d'épices et "par chance" le fiston parlait trois mots d'anglais. Je l'ai donc suivi dans l'arrière boutique où il m'a offert le thé traditionnel avant de me faire goûter tous les trucs qu'ils vendaient. J'ai bien reconnu la noix de cajou, mais pour le reste, le mystère reste entier. La plupart de ces trucs étaient délicieux mais il m'a quand même fait essayer un truc franchement dégueu: d'un côté ça ressemble à de l’écorce d'arbre et de l'autre c'est blanc et filandreux. Il m'a montré que c'était quelque chose à sucer et... j'ai recraché vite fait: ça avait un goût de détergent citronné et en plus c'était ultra-piquant. Ils ont trouvé mes grimaces très drôles. Si quelqu'un sait de quoi il s'agit, merci de me prévenir...
 
Durant ma balade, je rencontré aussi un prof d'économie et je mets bien 5 min. avant de me rendre compte qu'il me parle bien en anglais et non en gujarati. Il veut absolument discuter avec moi et me fixe RV a 19h00 à mon hôtel.  Il m'invite à boire le thé. On reçoit chacun une tasse avec une soucoupe ( très très très sale, mais bon...) et moi, comme ma maman me l'a appris, je tiens la soucoupe dans une main et je soulève délicatement la tasse pour boire le thé brûlant (et excellent par ailleurs) en levant le petit doigt. Vous auriez fait comme moi? Eh ben j'avais tout faux. En fait, les Indiens versent le contenu de la tasse dans la soucoupe et c'est ainsi qu'ils boivent. Essayez de le faire dans un grand café à Bruxelles ou à Paris: vous aurez un succès fou...
 
Pendant deux heures, je m'accroche pour comprendre de temps en temps un mot et au moment ou je veux aller pieuter, il m'amène dans un temple où les Hindous célèbrent le dieu Ganesh (représenté par un éléphant) qui est un peu le dieu-fourre-tout en Inde et qui assure le bonheur et la prospérité (entre autres...). Je reste dans un coin du temple pendant qu'ils s'agglutinent tous devant un petit hôtel. Je finis par retrouver mon prof pour lui dire que je rentre à hôtel... escorté par une dizaine d'indiens.
 
Le lendemain, bien crevé, je décide qu'il est temps de me rendre à Diu. Le patron de l'hôtel m'indique ou je dois aller pour prendre le bus. En chemin, un jeune mec me propose de m'accompagner. Arrivé à la gare routière le problème habituel se présente: tout est en gujarati et en hindi. J'ai beau chercher, rien qui ne ressemble à de l'anglais. J'utilise donc ma technique habituelle: je vais là où il y a le plus de monde et je regarde dans tous les sens en faisant des grimaces pour montrer que je suis paumé. Je répète "Diu" et finalement on m'entraîne à un endroit vide ou je suis censé piger que le bus pour Diu va arriver. Il y a une sorte de salle d'attente ou je dépose mon sac... et alors?
Alors, c'est la sortie des classes et une bonne trentaine d'étudiants m'encercle en me posant les questions habituelles (voir chapitres précédents). En fait, il y en a 2 ou 3 qui se débrouillent en anglais et qui traduisent en gujarati. Il y en a un qui a la bonne idée de déchirer une page de son cahier pour me demander d'écrire mon nom, mon pays et mon e-mail. Là-dessus ils sortent tous une feuille de papier en criant Michel avec toutes les prononciations possibles et imaginables. Je suis sauvé par un flic qui débarque étonné par l'attroupement... et qui s'assied à côté de moi en agitant sa matraque d'un air menaçant (pour les étudiants). Pas vraiment cool le mec, mais je choisis de me taire... on ne sait jamais!
 
Entre-temps, mon bus arrive et j'ai droit a une véritable escorte pour y monter. Le spectacle est terrible: le bus est encore plus vieux, encore plus pourri et encore plus puant que le précèdent. On me pousse vers l'avant ou je m'installe séparé par la cabine du chauffeur par un gros grillage métallique. Les fenêtres sont fermées par des barreaux et sur une rangée il y a 5 places: 3 d'un coté de l'allée centrale et (forcément) deux de l'autre. Il y a bien évidemment des étudiants de tout à l'heure qui prennent le même bus: on se retrouve donc a 13 sur la banquette... plus mon sac a dos de 25 kg ! Fastoche. je me demande toujours comment ils font. Le bus démarre, bourré comme un œuf, il y a des gens partout. Je suis certain qu'on est bien plus d'une centaine dans ce bus... plus petit qu'un bus de la STIB(=RATP).
C'est inimaginable. Les étudiants s'occupent de mon billet. En fait pour les 350 km de bus pris dans le Gujarat, j'aurai payé 95 BEF (un peu plus de 2 EUROS): je ne suis pas grugé ... Je dois expliquer la vie en Belgique et ils sont tout surpris d'apprendre que nous ne sommes pas un état communiste comme ils le croyaient et que la population n'est pas vraiment à majorité hindoue. Ils ne comprennent pas trop non plus pourquoi les vaches ne circulent pas sur nos autoroutes et dans nos grandes villes.
C'est vraiment très amusant. Mes paroles sont traduites et répétées dans tout le bus de sorte que tout le monde participe (comme toujours en Inde). Les étudiants me disent qu'ils ne voient jamais d'occidentaux dans leurs bus (il y a effectivement des bus express, mais moi je préfère la couleur locale... et en plus je ne trouve jamais ces cars là).
Tout à coup, le bus s'arrête manifestement en panne. On me dit que c'est souvent comme ca... je ne m'inquiète donc pas. Le vieux chauffeur soulève une plaque métallique au milieu de son habitacle et découvre ainsi ce qui doit ressembler à un moteur. Il y a de l'huile partout et c'est recouvert d'une énorme couche de poussière grasse. Comme je me penche avec lui, il me regarde d'un air interrogateur (il doit savoir que j'ai travaillé pour Touring). Le pauv' vieux, s'il savait que mes connaissances en mécanique se limitent à pouvoir lui indiquer où se trouvent les roues et le volant... à part ça...
Heureusement un mec sort de je ne sais où et remet notre épave en route. Après une heure, on attend le village de mes students qui veulent absolument que je descende et que je reste chez eux. Finalement ils quittent le bus car le contrôleur râle et celui avec lequel j'ai discuté m'offre une orange et un bic avant de sortir. je trouve son geste très touchant. Après leur départ, je me rends compte que je n'ai plus aucune sensibilité dans la jambe gauche tellement j'étais compressé. Le trajet se poursuit avec son lot de vibrations et de slalom.
 
En approchant de la côte, les paysages deviennent de plus en plus verdoyants et les premiers palmiers apparaissent. Dans une gare routière, à côté de mon bus, il y en a un qui a collé un autocollant "titanic" en guise de pare soleil. Je crois que cela devrait être le nom générique de la compagnie... et peut-être même de tous les bus indiens.
 
On met 5 heures pour parcourir les 150 kms jusqu’à Una, dernière ville avant l’île. Pour l'Asie c'est une moyenne correcte. En fait pour tout moyen de transport local autre que l'avion il faut calculer de la façon suivante:
- 30km/h de moyenne, c'est la vitesse normale.
- 20km/h de moyenne, c'est qu'on a dû avoir un problème un peu sérieux
- 40 km/h de moyenne, il faut refaire le calcul car ce n'est pas possible.
 
A Una, je finis par piger que mon bus part vers Diu 3/4 heures plus tard, ce qui ne représente rien ici. J'attends donc. Au moment du départ un vieux s'assied juste derrière moi (je suis près de la porte) et chaque fois que qq'un entre dans le bus, il me frappe sur l’épaule pour me dire de quoi il s'agit. Un jeune mec monte avec trois grands pots, j'ai droit à un "milk", ensuite une femme avec un plateau plein de légumes "vegetables" et 300m plus loin 10 gamines montent et il me précise en me frappant l’épaule "school". Il me fera le coup jusqu’à la gare routière de Diu, juste après le long pont d’accès.
 
A Diu, je pars avec mon sac à dos à pied car la ville me semble être vraiment minuscule. Je me rends dans un hôtel dont les bouquins disent le plus grand bien... mais dont les prix sont un peu au-dessus de mon budget. Je négocie longuement et j'obtiens pour 300 BEF la nuit, une chambre vaste, propre avec sdb et un grand balcon donnant direct sur le bras de mer entre l’île et le continent. C'est le pied total surtout que je suis complètement vidé physiquement et mentalement. J'ai rarement attendu une période de repos avec autant de plaisir.
 
En remplissant le grand livre d’entrée, on me signale qu'il y a un autre belge que moi. Je regarde l'adresse reprise dans le bouquin et je constate qu'il s'agit d'un gars habitant Forest à environ 800 m de chez moi (tout près de chez toi Mervyn: rue de la soierie). On se retrouve et on décide de manger ensemble car il sort aussi d'une fameuse galère.
 
En fait, Max est un expatrié politique chilien réfugie en Belgique et il ressemble à s'y méprendre a un indien. Quand je lui raconte mes aventures, il rigole car lui, on lui propose les tickets d’entrée partout au tarif indien. Il n'a des problème que quand on lui pose une question. C'est ainsi qu'au Taj Mahal il a d'abord payé 20 Rps (au lieu de 750 pour moi) avant de voir la couleur de ticket changer quand on lui a demandé, en hindi, s'il avait un appareil photo ou non...
 
La soirée est géniale: on est au bord de l'eau, la bouffe (poisson) est exquise et on peut savourer une bonne bière. En fait, le Gujarat est un état où l'alcool est strictement interdit mais Diu, ancien comptoir portugais bénéficie de l'extra-territorialité. C'est ainsi que dès la "frontière" passée, il y a des tas de cafés avec des pubs pour tous les alcools possibles. A l’intérieur, derrière les comptoirs sont alignées des dizaines de bouteilles d'alcool de tout format. C'est ici que les gujaratis suffisamment riches viennent se péter la gueule le week-end.
 
Le lendemain, on se fixe rendez-vous vers midi à la plage dont tout le monde parle et qui est située à 9 kms de la ville. Lève tôt, je loue donc un vélo pour faire le tour de la cité avant de me rendre en plein soleil ( 23 jours en Inde et toujours pas un nuage) vers la plage. Le trajet est pénible car la route est en mauvais état et je dois m'habituer à croiser ces saloperies de bestioles qui traînent partout sans aucun respect pour le code de la route. Arrivé a la plage, je ne vois pas Max et je m'installe. La plage est superbe, pas de construction derrière (juste un guesthouse et quelques carrioles vendant boissons et snacks). Il y a du monde mais il s'agit surtout d’écoles agglutinées au bord de l'eau. Il y a aussi moyen de faire un tour sur la plage dans une sorte de calèche tirée par un cheval au galop ou sur un dromadaire... Les animaux sont paisiblement installés au milieu de la plage. En fait, il y a moyen de prendre place très aisément sans avoir de voisins immédiats. J'étend donc mon essuie, sors mon bouquin, m'assied...et déjà j'entend un "hello" qui n'annonce rien de bon pour ma tranquillité. Quelques gamins s'installent près de moi avec leur questions habituelles et ils me tendent les habituels papiers pour que j’écrive mon nom. Entre-temps, un de leur pote est arrivé et il faut que je pose pour des photos individuelles avec chacun d'eux, puis en groupe. On joue un peu au volley ( et moi qui suis voulait me reposer) avant qu'ils ne doivent partir.
 
A ce moment là 3 gamines quittent le bord de l'eau pour venir s'asseoir à côté de moi. Il y en a une particulièrement adorable qui essaye vraiment de me faire comprendre quelque chose que je ne saisis pas... Au bout d'un long moment d'autres enfants les rejoignent et je me retrouve entouré d'une petite centaine de gosses qui ne savent dire qu'"hello". Ca limite malheureusement la conversation. Ensuite 3 adultes s'approchent: ce sont les profs. Il y en a un qui parle anglais et qui commence à discuter. Il a une classe de 77 élèves... Et dire que nos profs se plaignent... Arrive alors un 4eme adulte surexcité avec un appareil photo. Il éloigne les enfants et veut que je pose avec lui. Pour m'y inciter, il me montre sa belle moustache à la Dali. On fait la photo, puis une autre avec chacun des profs. Je demande à un gars de faire une photo avec mon appareil mais avec tous les enfants. C'est la cohue. J'espère que le résultat donnera quelque chose... Je récupère mon appareil en catastrophe car le gars voulait recommencer une série de photos...
 
A ce moment là, toute la smala regagne les bus et je dois serrer toutes les mains une fois de plus. Juste après leur départ, apparaît Max, hilare qui observait le manège. Il n'en croit pas ses yeux, il est mort de rire. Des gens continuent a venir poser pour des photos et on décide de s'éloigner un peu du monde. Là, on s'installe et on profite enfin d'une eau vachement agréable. On nage pendant plus d'une heure avant de se sécher au soleil ( ca va les températures en Belgique?????).
 
Ensuite, on a la mauvaise idée de voir s'il y a moyen d'aller plus loin en vélo. En fait on rejoint l’extrémité ouest de l’île où se trouve une ville de pêcheurs exceptionnelle et où je retournerai  certainement dans les prochains jours. Enfin retour par le nord. Finalement, notre petite balade se transforme en un tour de 35 kms avec des vélos sans changement de vitesses et dans un état pas terrible... On est exténué en arrivant. Le soir on mange un petit truc en bord de plage et on discute avec un jeune homme qui parle anglais très couramment. Max explique mon "succès" auprès des populations locales et le gars nous en donne les raisons: j'ai la peau blanche, je suis grand (pour les indiens), volumineux (malgré les tas de kilos déjà perdus) et surtout chauve (ce qui est un signe de richesse pour les indiens) et j'ai les yeux bleus. En plus, le gars me dit que ce qui attire les gens comme ça, c'est que dès que je parle a un indien, je souris. Il semble qu'ils apprécient particulièrement.
 
Je croyais en arrivant a Diu tomber sur des nuées d'occidentaux mais en fait nous sommes très peu nombreux: il faut dire que le Gujarat, ça se mérite...
 
Je me sens bien ici. Je crois que je vais me poser un certain temps et essayer de récupérer un maximum avant d'aborder la seconde partie de mon périple.
 
J’espère que mes longs mails ne vous emmerdent pas trop. Merci pour les nouvelles que je reçois et passez toutes et tous un bon w-e ainsi que de bonnes fêtes pour ceux que je ne lirai plus d'ici là.
 
A+
 
 
Michel (live from the beach)

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